C’est de cette façon qu’Abdullah, 28 ans, Marocain, m’a accueillie à Taghazout, au Maroc.

J’ai ri très fort, et en temps normal, j’aurais trouvé ce commentaire vraiment inapproprié. Ça m’aurait bousculée.

Mais non, je l’ai trouvé audacieux dans sa remarque. Il savait que j’avais avalé le même discours depuis trois semaines.

Ce n’est pas la pire line à laquelle j’ai eu droit au Maroc.

À Essaouira, un homme est venu me voir en toute délicatesse pour me glisser à l’oreille: «À la beauté que tu as, tu dois vraiment être une folle pour qu’aucun homme ne veuille voyager avec toi.»

Ah, j’ai aussi appris que je valais au moins 9 chameaux et peut-être deux chèvres. Je doute que ce soit la vérité. Anyway, Abdullah, les chameaux, c’est une autre histoire.

La vraie question, celle que je te pose; es-tu pressé(e)? Là là, as-tu quelque chose à faire?

J’irais faire ma vaisselle, je finirais mon livre que je traîne depuis 6 mois, j’irais m’entraîner, j’appellerais ma mamie, je ferais un virement à une amie, j’irais boire dans un parc, j’avancerais un projet de web-série documentaire, je rendrais mon salon plus minimaliste.  

Meubler sa vie.  

Je suis rendue une experte pour rentabiliser le peu de temps libre que j’ai. Le plus grand reproche que j’ai de la part des mes amis est que je suis toujours occupée. Mais on l’est tous, non ?!

Non.

C’est le plus grand enseignement que le Maroc m’a délivré. Calme-toi, la Larouche.  

Quand c’est l’heure du thé au Maroc, c’est une trâlée de personnes sur les terrasses. À prendre le thé seul, à fumer des clopes, à prendre un autre thé. À amener les enfants au parc, à s’écraser sur un bout de gazon, à ne pas sentir l’urgent besoin de garnir le moment de mots futiles.

À regarder le vide, à ne rien faire.

Ma première expérience de parc, c’était à Tanger, et les larmes ont commencé à grimper toutes seules. Pourquoi je rush si fort à travailler, à avoir de quoi chaque soir, mes fins de semaine, à enchaîner la ribambelle cuisine-ménage-amis-pré-bar-post-bar-brunch-amis-Netflix?

Pourtant, les plus beaux moments en voyage -quand on y réfléchit deux secondes-, ce ne sont pas ceux ou on a couru dans l’aéroport, ou on a mangé rapidement sur le fly où lorsque c’était écrit dans l’horaire.  

C’est quand on a assez de temps pour s’ouvrir et accepter qu’on nous déroge de notre plan initial.

Les plus belles choses prennent du temps. Je le pense avec tout mon petit cœur. Il n’y a aucune amplitude qui se prendre dans le brusque, dans le rapide.  

Comme lorsqu’Abdullah m’a demandé, après une journée pénible à encaisser bouillon après bouillon sur ma planche de surf, ce que j’allais faire de ma précieuse vie.

J’ai pris une première gorgée de bière. J’ai pris une seconde gorgée. J’en ai sûrement pris une troisième.

C’était inattendu, c’était pas prévu, et c’était surtout pas dans l’horaire.