J’ai eu l’une des plus douloureuses et fascinantes conversations avec l’un de mes meilleurs amis, la semaine passée.  

Il était fâché contre moi parce que selon lui, j’ai de la difficulté à fermer la porte à des personnalités toxiques qui entrent facilement dans ma vie. J’ai le gutts de leur dire ce qui me dérange, mais ça s’annule, parce que j’ai pas encore trouvé comment ne pas me mettre disponible pour eux. 

Il m’indique : «Si quelqu’un te demande de l’aide, tu peux lui dire gentiment non. Tu lui dis qu’au courant de la dernière année, c’était une relation à sens unique et qu’en ce moment, tu n’as pas d’énergie à lui accorder. Que tu seras prête lorsqu’il le sera pour toi.»

Mon ami est un jeune homme brillant, excessivement intelligent. Il m’a vu ramer toute l’année à contre-courant contre des personnalités qui ont voulu m’offrir leur mal-être. Il m’a dit ce soir-là, sans détour, que ça devait se terminer. 

Je vous raconte une anecdote –molo drôle- de ma dernière journée aux Philippines. 

Je reviens d’un séjour indéfinissable avec des gens qui étaient bien dans leur peau. Qui m’ont fait rire, qui sont allés me chercher des smoothies quand je ne pouvais plus bouger avec mes coups de soleil, qui m’ont offert des shots de rhum quand la douleur était insoutenable. Qui m’ont souhaité le meilleur, sincèrement. 

Et je reviens à Manille, après ce séjour surréel. 

On est le matin, j’ai des cloches d’eau partout sur les jambes, j’arrive à peine à marcher. Je prends l’un des premiers tricycles¹ en sortant de l’aéroport.  J’ai une intuition que le chauffeur est tout croche, j’ai un mauvais feeling, mais je suis sûrement désorientée, fatiguée, je décide d’en avoir rien à faire. On s’entend sur un prix avant de partir, 50 pesos. 

Après 10 minutes, il décide de me laisser au milieu de nulle part, et me demande de prendre un jeepney² pour me rendre à ma guesthouse. J’ai pas envie de m’obstiner, je lui donne l’argent et viens pour sortir… mais le chauffeur en décide autrement. Il continue de pédaler, vite, et me demande 10 fois le prix, soit 500 pesos. 

Quel idiot. 

Je garde mon calme. Je lui demande gentiment de s’arrêter, sinon je vais juste crier à l’aide et aux Philippines, tu ne badines pas avec les touristes, surtout avec la vague récente d’enlèvements à Mindanao. 

Il continue de rouler vite… mais j’en décide autrement. Je prends mon sac, sors du tricycle en marche. 

Pis je saute. 

C’était moins pire que je pensais, quitter un véhicule en marche; j’ai quelques égratignures, mais vraiment rien de terrible. 

Et là, en premier, j’ai pensé. Allait-il tout déformer la réalité pour me faire passer pour une désaxée? Probablement. 

En second, me sentais-je vraiment coupable d’avoir quitté son tricycle? Oh hell no. Je suis juste partie. J’avais juste plus d’énergie à lui accorder.

Si quelqu’un vous présente le plus tordu de lui-même, choisissez de le croire

Pis partez. Libres. 

 

¹ Pour ceux familiers avec le terme tuk-tuk, c’est légèrement différent : il s’agit d’un vélo conduit majoritairement par un homme, sur lequel il a bricolé un espace pour un passager sur le côté. C’est l’un des moyens de transport les plus abordables.

² Un immense jeep très coloré qui est l’un des moyens de transport les plus utilisés aux Philippines. On peut entrer facilement une vingtaine de passagers, tassés comme des sardines à l’arrière.